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Doctoriales CAPS 2026: What Connects Us? – Jour 3 « Faire du lien »

Mais qu’est-ce qui nous lie donc, au final ? Cette question qui aura tissée, en filigrane, la toile de fond de nos échanges continue encore de résonner comme une suite d’échos dans les couloirs pavés de la Roche du Theil. Un gobelet de café, une pelote de laine, un tasseau de bois, une ficelle sur une carte, une fleur glanée dans le parc… Ces liens multiformes, visibles ou non, les traces qu’on laisse, les connexions qui restent sont à nouveau au cœur de cette ultime journée de Doctoriales. 


L’atelier « Kyrielle: enquête sur les causes et leurs effets » de Manon Quemener

Que j’aurais aimé pouvoir vous décrire plus en détails l’atelier de Manon Quemener (PTAC) mais ma mémoire s’est laissée emporter par la kyrielle, ce joli mot à l’étrange « k » suivi d’un « y » d’autant plus incongru et amenant avec lui son flot si ininterrompu que j’en ai perdu le fil…

Une grande feuille de papier se tient devant nous, j’entends au loin le bruit des marqueurs qui se laissent aller à une série d’idées, presque automatiques, qui s’entrechoquent dans une écoute volontairement distraite, consigne que j’ai visiblement prise au pied de la lettre. Le temps, lui aussi, file à toute allure et comme sorties d’une méditation se lèvent une à une les feuilles du groupe : des mots à l’envers, à l’endroit, en spirale, des images, des questions et des souvenirs : nos liens de toutes sortes réapparaissent sur le papier. 

L’atelier « L’art pour et par la sociologie » de Guillaume Negri 

Guillaume Negri (ARENES) nous propose ensuite d’une voix retentissante un exercice de décloisonnement par l’imagination et la mise en pratique, en groupes : partir d’un problème sociologique, l’interroger ensuite au moyen d’un dispositif d’enquête par la création artistique, dont les résultats seront enfin analysés par des outils sociologiques.

Nourris par l’interdisciplinarité et les multiples approches du groupe, les dispositifs mis en place nous ont amené à questionner les frontières, presque invisibles, entre recherche et création, entre les outils théoriques et les pratiques artistiques, la littérature et l’expérience de la réalité. Passant tour à tour de la posture d’enquêteur•ice•s à enquêté•e•s dans les différentes expériences de groupes, ces enquêtes créatives ont fait remonter des bouillonnements parfois intimes et ont permis d’ouvrir en grand les espaces de paroles et de réflexion. 

La conférence interactive « cultures proches : poésie de terrain » de Marion Renauld 

L’artiste-auteure et docteure en philosophie Marion Renauld nous a enfin plongé.es dans l’immensité textuelle de son œuvre, toujours en mouvement, mais traversée par les fils rouges de la spontanéité, de l’éphémère, de la matérialité et du rapport à l’espace public. Peu importe le format, le support ou le terrain que l’artiste choisit pour poser sa machine à écrire : Marion Renauld met la poésie en mouvement et travaille « avec, pour et par les rencontres ».

Que ce soit à travers les actions collectives menées avec les habitant•e•s de Chamiers dans le cadre de la résidence « Cultures Proches » de la Compagnie Ouïe Dire, ou le placard et les murs de notre salle de conférence à la Roche du Theil, Marion Renauld créé sur place une multitude d’objets uniques qui incarnent, ne serait-ce qu’un temps, les empreintes poétiques que le « nous » laisse au sein d’espaces habités par les rencontres. Un échange fascinant d’une pratique artistique de terrain, hors des conventions, publique, instantanée et réellement inspirante. 


Qu’est-ce qui nous lie donc, au final ? Peut-être qu’on aura rapporté plus de questions que de réponses dans nos bagages, peut-être des révélations viendront-elles à notre retour, ou peut-être encore un peu plus tard. Peut-être sommes-nous toustes relié•e•s lorsqu’on continue de se poser ensemble la question ? 

Doctoriales CAPS 2026 : What connects us? – Jour 2 “Cartographie, posture de recherche, chemin emprunté”

Un cadavre exquis collectif en œuvre aux Doctoriales

Le deuxième jour des Doctoriales se leva dans une calme effervescence, au rythme du chant des mésanges, rouges-gorges et geais des chênes. Le bruit du gravier bruissait sous les pas d’un ou deux pionniers lève-tôt, et l’odeur du thé noir était de bonne augure. Car cette deuxième journée allait s’avérer riche et surprenante.

L’enthousiasme de se retrouver entre doctorant.es et de travailler ensemble était palpable. Venant de divers laboratoires et disciplines, nous n’avons pas les mêmes terrains de recherche ni n’habitons toustes à Rennes. En ce sens, l’un des buts des Doctoriales était, à mon avis, déjà accompli : favoriser la croissance de liens entre nous, la résonance entre nos enjeux de recherche.

L’Atelier Cartographie de Kenan Khatib et Marion Renauld

La matinée passe très vite ! Elle est dédiée à l’atelier de cartographie sensible tenu par le doctorant Kenan Khatib (PTAC) et l’artiste, auteure, Marion Renauld. La réalisation de l’œuvre collective fut passionnante. « L’atelier mobilise la cartographie comme outil subjectif, ludique et expérimental de réflexion et de création collective. Il s’appuie sur une démarche (libre et modulable), structurée autour de trois espaces d’observation : La Roche du Theil, les quotidiens de recherche et de pratique, et les terrains de recherche, qui définissent trois échelles de la carte. Les participant·e·s sont invité·e·s à produire et partager leurs approches individuelles sous forme de créations visuelles et textuelles (dessins, mots, collages) sur un support commun, afin d’interroger les connexions et les contradictions et les formes de représentation possibles » nous explique Kenan Khatib.

La toute première étape m’a particulièrement touchée : il s’agissait d’aller dehors toustes ensemble, afin de dresser la cartographie de La Roche du Theil, d’un point de vue individuel et introspectif, tout en occupant le même espace.Nous nous sommes ensuite retrouvé.es pour un moment de partage et de réflexion collective autour de cette question : « Quel est l’espace où nous nous trouvons ? » Chaque participant.e avait créé sa propre carte et parcouru son propre cheminement intérieur. Si Aya Chriki fut touchée par un jeu de symétrie sur la façade et en prit une photo, Constance Hinfray Wendenburg superposa le paysage sonore à la carte visuelle.

Plongé.es dans un même environnement en un temps limité, nos perceptions sensibles s’expriment d’une façon qui leurs sont propres. Une thèse est un terrain sensible. À travers les trois étapes de cette carte collective, des enjeux issus de nos parcours de thèse se sont ralliés à l’aide de fils de laine et surtout d’intentions bienveillantes. Cela s’est transformé en une démarche poétique et solidaire entre doctorant.es.

Le Bureau des Pleurs de Carla Adra

La conférence-interactive de l’artiste Carla Adra est le deuxième temps fort de la journée. Elle présente l’évolution de son travail, le Bureau des Pleurs, tout en échangeant avec nous. Initiée en 2019, cette œuvre est une performance. Si elle a beaucoup voyagé, sa démarche conserve tout son pouvoir d’évocation. Vous pouvez la parcourir ici : http://bureaudespleurs.org, et découvrir ses autres projets ici : https://www.carlaadra.com. 

Le déroulé classique est le suivant : l’artiste rencontre une personne pour la première fois et lui donne à entendre l’expérience d’une injustice qu’elle a vécue. Ensuite, c’est au tour de l’interlocuteur.ice de lui partager son propre témoignage. Carla Adra l’enregistre et l’incarne, répétant mot à mot l’histoire qui lui est confiée, que ce soit devant la personne rencontrée, ou en s’enregistrant. Cette performance comporte un travail de collecte qui aboutit à plus de six cent récits incarnés par l’artiste. La prochaine étape serait d’en créer une collection d’archives ou une véritable bibliothèque accessible à toustes. Cette démarche artistique résonne pleinement avec les enjeux de l’espace public soulevés par les doctorant.es et étudiant.es CAPS.

Si selon Carla Adra « le langage envoûte », il est possible de délier ce qui se trame en soi, en s’écoutant se raconter soi-même à quelqu’un d’autre. Dans cette performance, cette artiste fait irruption dans l’ordinaire d’un rapport à soi au jour le jour. Ce que nous avons appris d’elle est très précieux : c’est à travers l’attention et la bienveillance avec laquelle se tient l’écoute que tout se joue. L’artiste tire les rideaux et nous propose « un temps pour penser à soi » pendant lequel elle nous raconte son expérience. Elle nous propose d’être attentif·ve au souvenir qui pourrait en émerger. Enfin, ce fut à son tour de nous écouter.

Sans rien forcer ni exhorter à l’expression, la finesse de ce cadre d’écoute favorisea la délivrance d’une parole en peine. Le soin avec lequel elle a tissé ce moment m’a marquée. Pour la première fois, certain.es d’entre nous partagèrent une expérience racontée cent fois à d’autres avec panache et humour, sans jamais avoir été vraiment dite. Le ton n’était plus poli, mais juste. Je suis reconnaissante d’avoir vécu cette invitation proposée par Carla Adra, et je ne pense pas être la seule.

L’Atelier d’écriture d’Alice Baude et clôture

Une visite des environs boisés de la Roche du Theil a suivi, rondement menée par Henri de Sonis, le vice-président de l’association éponyme. Il nous emmène sur le point culminant du site, le « Bout du monde ». Cette balade a été la bienvenue, car nous étions toustes préssé.es de partir explorer l’environnement naturel très riche de ce lieu de retraite.

La doctorante Alice Baude (PREFICS) prend le relais et nous propose un atelier d’écriture coloré et vivant. Par tranches de cinq minutes, tout le monde est convié à se prendre au jeu d’écrire sur « ce qui nous relie ». Par exemple, nous avons dû développer un manifeste avec pour pronom personnel le « Nous », puis décrire, quitte à inviter, un moment où nous nous sommes connecté.es à quelqu’un, quelque chose, un endroit, à travers la communication non verbale. Cette belle expérience a été un moment convivial qui conclut de la plus belle manière possible cette deuxième journée des Doctoriales. C’est aussi un moment pour nous connecter les un.es aux autres à travers nos textes, afin d’accoster au rivage créatif de l’autre.

De l’intime à l’expérience du paysage, la journée a été riche en pérégrinations intérieures et entre doctorant.es. Elle s’est achevée sereinement, lorsque nous sommes sorti.es nous dégourdir les jambes à la tombée de la nuit. Je suis revenue des Doctoriales avec le sentiment que nous faisons toustes ensemble partie d’un cercle commun, et cela m’a donné tellement de joie et d’optimisme d’assister aux débuts de tant de recherches.

Photographie © EUR CAPS

DOCTORIALES CAPS 2026: What Connects Us? – Jour 1

Rendez-vous à La Roche du Theil, centre spirituel à Bains-sur-Oust. La rencontre des doctorants et doctorantes s’annonce intense et riche tout au long de ses trois journées.

©Arezki Moussi

Jour 1. Mercredi 25 MARS / « What connects Us : recherche-création, recherche-action »

L’arrivée sur le site se fait dans le calme et l’accueil à la réception est charmant. Une grande maison implantée dans un environnement verdoyant et paisible, qui invite à la contemplation et à la réflexion, idéale pour cette rencontre entre travail et partage. Nous vous présentons ci-dessous un carnet de bord de chaque journée ainsi que les activités réalisées.

« Faire du commun »

©Arezki Moussi

La journée démarre dans l’une des salles de réunion (qui sera notre laboratoire tout au long des sessions) par les mots d’introduction de Shirin, qui invite directement à ouvrir la discussion en présentant des références bibliographiques suggérées ou révélatrices de la part de chaque participant.e. A partir de la richesse et la diversité des propositions, passant par Alfred Gell, Nina Eliasoph, Mathilde Roussigné, Jean Favret-Saada, Maurice Halbwachs, Véronique Côté, pour ne citer que quelques auteurs, l’idée est de relier, de « connecter » chaque proposition à un aspect qui nous interpelle ; la matière choisie pour rendre ce lien visible est une pelote de laine qui se déroule et dont un fil passe de personne en personne, révélant une trame inattendue et évocatrice.

©Arezki Moussi
©Arezki Moussi

« L’art d’apprendre », présentation d’exposition d’art

Hélène Meisel, enseignante à l’EESAB, historienne de l’art et commissaire d’exposition, présente l’exposition « L’art d’apprendre. Une école des créateurs », présentée du 05 février au 29 août 2022 au Centre Pompidou-Metz. Le projet aborde la question de la pédagogie comme partie intégrante/inséparable d’une pratique artistique, tout en réfléchissant à de multiples modèles d’apprentissage, dans un espace de plus de 120 m² aménagé par le studio de design smarin pour accueillir divers groupes d’usagers, ainsi que des formations expérimentales, scolaires et extrascolaires.

©Arezki Moussi

Cette présentation a donné lieu à un échange intéressant sur les jardins d’enfants ou des jardins pédagogiques, et sur la manière dont ces pratiques et leurs aménagements spatiaux façonnent les dynamiques sociales et les processus d’apprentissage. Nous avons aussi discuté de comment les artistes développent des objets de transmission dans l’ambiance familiale ou mènent des interventions artistiques dans l’espace scolaire et pédagogique. Les objets pédagogiques conçus par les artistes invitent à agir et à imaginer d’autres formes de relation avec l’espace. Reste à réfléchir à la pérennité ou à la réutilisation de ces objets après la durée de l’exposition : quels financements ? Quelles applications ? Quelles sont les nouvelles démarches ?

©Arezki Moussi

« What Connects Us » édition imprimée, présentation

Les doctorant.es Lauren Tortil (PTAC), Alice Baude (PREFICS) et Kenan Khatib (PTAC) lancent l’atelier de création et de construction de la maquette de l’objet imprimé « What Connects Us », qui fonctionne comme un artefact expérimental fabriqué collectivement et donne corps aux imaginaires, aux enjeux et aux possibles autour de la notion de « connexion » et du « commun ». Au cours de ces trois journées, nous réfléchissons ensemble à ces idées et réalisons diverses activités graphiques et créatives qui feront partie intégrante de la conception de cette édition imprimée, à côté d’autres textes en format libre (allant des articles scientifiques aux images commentées, en passant par d’autres formes d’expression graphique) qui viendront compléter l’objet final.

©Arezki Moussi

« Corps Multiples : foresterie », atelier performatif

L’artiste et enseignant Jocelyn Cottencin (Université Rennes 2) nous invite à explorer la possibilité de mettre en pratique certaines questions liées au corps, à l’écologie et à l’espace. La séance commence par une brève introduction et se poursuit par un moment de préparation physique au mouvement et au déplacement. Il est essentiel de se familiariser avec les notions de torsion, de rotation, de trajectoire et de mouvement, en gardant toujours à l’esprit la vision périphérique. Ce processus d’échauffement au sol puis en marchant dans la pièce permet de poser les bases d’un corps collectif en action et en tant qu’espace.

©Arezki Moussi

Munis de bâtons de bois, nous explorons le corps comme une architecture. L’objet est une projection du corps et de l’espace. Progressivement, nous nous regroupons et nous nous connectons à ces nouveaux corps élargis et, ensemble, connectés et en mouvement continu, nous quittons la salle pour nous enfoncer dans l’espace ouvert. Ce nouvel espace en mouvement se déplace sur le terrain vivant et permet d’expérimenter de nouvelles relations avec nous-mêmes et avec l’environnement. Un nouvel écosystème se crée.

Après cette belle expérience, le déjeuner nous réunit à nouveau, cette fois autour d’un repas. Un moment convivial et de partage qui nous permet de revenir à la vie quotidienne et de discuter librement de ce qui nous relie.

« What Connect Us » édition imprimée, construction de l’objet #1

©Arezki Moussi

Atelier-Apéritif visant la fabrication collective de l’objet imprimé. La disposition circulaire des corps lors des discussions est une configuration récurrente tout au long de ces rencontres. L’idée est de faire circuler des photos prises avec nos téléphones portables respectifs, dont le thème est la prémisse de l’événement « What connects Us ». De l’image, nous passons à l’objet, lui aussi tiré de notre environnement immédiat, qui circule sous la forme de discours ou de récit. Cet échange constitue le point de départ de l’activité, qui se poursuit par une série de quatre cartes à compléter graphiquement avec les idées de ce qui nous relie dans la recherche. Enfin, une discussion autour du travail réalisé ouvre de nouvelles possibilités d’enregistrement et de matérialités pour notre objet imprimé.

©Arezki Moussi

Le soir approche et il est temps de retourner dans la salle à manger, où le dîner nous attend. Là encore, la conversation porte sur les activités de la journée ou sur toutes sortes de sujets, qu’ils soient courants ou particuliers, présents, passés ou futurs, le tout autour de l’assiette.

« Nettali Ngor », projection court-métrage

Pour terminer cette journée, la projection du documentaire « Nettali Ngor, raconte ton territoire » est proposée. Projet de recherche-création mené par Estelle Laurent, doctorante à l’Université de Rennes 2 (ESO), en partenariat avec la compagnie Keur Mame, réalisé par Suzanne Lemaréchal et écrit par Tapha Samb avec Estelle Laurent et Suzanne Lemaréchal. Cette recherche porte sur le village de Ngor, aujourd’hui une commune à part entière de la ville de Dakar au Sénégal, un des fiefs de la communauté Lébou. D’une durée de 45 minutes, le film nous invite à découvrir la géographie et les récits de ce territoire, empreint d’une forte spiritualité, qui a été profondément marqué par l’expansion urbaine et la destruction de son habitat au nom du développement économique et touristique.

@EURCAPS

À la fin de cette longue journée, nous nous retirons dans nos chambres pour nous reposer et nous préparer pour le lendemain, avec des questions, des idées et des réflexions qui, peut-être, ouvriront de nouveaux horizons pendant notre sommeil.

 

Doctoriales CAPS 2026 : What Connects Us ?

Les Doctoriales reprennent, pour une deuxième édition !

Après la réussite des premières Doctoriales, l’événement se tiendra du 25 au 27 mars prochain, et transformera le Centre spirituel de La Roche du Theil à Bain-sur-Oust, près de Redon, en un lieu de retraite intellectuelle habité et animé par les doctorant.es CAPS.

Foresterie de Jocelyn Cottencin dans le cadre de la présentation au Théâtre National de Chaillot de Lands de Jocelyn Cottencin et Emmanuelle Huynh avec des étudiant.e.s des beaux arts de Paris, 2023
Image © Diane Arques

Issu.es de plusieurs pratiques artistiques et de disciplines multiples comme la sociologie, les arts plastiques, l’histoire de l’art, la géographie et les sciences de l’information et de la communication, et situé.es à différents degrés d’avancement dans le processus de thèse, ce sera l’occasion pour les doctorant.es CAPS de « faire corps » dans une démarche collective de partage, et de réflexion commune sur ce qui les lient dans un cadre naturel propice et inspirant.

Les Doctoriales permettront d’investiguer des terrains d’exploration variés et conviviaux, autour d’enjeux et de questionnements fédérateurs, en ce qu’ils interpellent l’ensemble de leurs divers parcours en recherche-création ou en recherche-action. L’événement dressera un panorama de pratiques qui mettent en lumière ce qui peut se situer aux marges (Rancière, 2000 ; Carlsson, 2008) et les liens qui lient ces projets de recherche en cours entre eux.

À la traversée de multiples sujets, enjeux, approches et méthodes de travail, les Doctoriales concrétiseront la volonté fédératrice des doctorant.es CAPS de se réunir. Et de définir tous·tes ensemble des perspectives vers lesquelles la grande diversité de leurs recherches et de leurs cheminements de doctorant.es, se rallient.

Ces trois journées seront riches en ateliers participatifs menés par des intervenant·es extérieur·es – artistes-chercheur.euses engagé.es – telles que Jocelyn Cottencin, Carla Adra et la poétesse Marion Renauld mais aussi par les doctorant·es eux-même avec des propositions de Kenan Khatib et Guillaume Negri. Ces journées se concluront par les projections de court-métrages des doctorantes Estelle Laurent et Tali Serruya.

Jocelyn Cottencin proposera l’atelier “foresterie” issu de son projet CORPS MULTIPLES qui invite à performer différentes problématiques d’écologie politique à travers une chorégraphie collective Carla Adra présentera Bureau des Pleurs, composition initiée en 2019, qui donne à voir et à entendre 267 récits de vie que l’artiste interprète en un inventaire poétique et intime. Marion Renauld guidera les doctorant.es lors d’une réflexion introspective puis collective ‘Cultures Proches : poésie de terrain’ autour des liens que la poésie peut tisser entre les habitant.es et le paysage, l’ensemble des vivant.es, le temps et l’espace afin de faire advenir une mémoire collective qui transcende les frontières et les définitions préétablies, présupposées.

En parallèle de ces ateliers, une édition imprimée intitulée What Connects Us sera réalisée pour donner forme à la réflexion partagée et garder trace de ces Doctoriales. Coordonnée par Alice Baud, Kenan Khatib et Lauren Tortil, en discussion avec le duo de graphistes Sarah Fenrich et Mathilde Mary, cette édition bilingue (FR/EN) rassemblera une pluralité d’écritures : elle regroupera une sélection de 13 articles écrits par les doctorant·es, des images, croquis, photographies, etc. issues des ateliers ainsi qu’une écriture expérimentale donnant à voir le cheminement de pensée collectif qui se construira et se dénouera de jour en jour, lors des Doctoriales.

Thèmes des Doctoriales 2026

Mercredi 25 mars : What Connect Us : recherche-création, recherche-action

Jeudi 26 mars : Cartographie, posture de chercheur·euse, chemin emprunté

Vendredi 27 mars : Faire du lien

Le programme des Doctoriales 2026

Bibliographie indicative

  • AUBERT, Nicole. HAROCHE, Claudine (dir.), “Les tyrannies de la visibilité : Être visible pour exister ?”, Érès, Sociologie clinique, 2011.
  • AUGÉ, Marc. Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Fayard, Seuil, 1992.
  • BOURDIEU, Pierre. Ce que parler veut dire : l’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 2012.
  • DE CERTEAU, Michel. The Practice of the Everyday (1980), University of California Press, Berkeley, 1984.
  • CARLSSON, Chris. Nowtopia : How Pirate Programmers, Outlaw Bicyclists and Vacant-lot Gardeners are Inventing the Future Today, Oakland, AK Press, 2008.
  • DIRLIK, Arif. “Place-Based Imagination : Globalism and the Politics of place”, in Arif Dirlik and
  • Roxann Praznial, Places and Politics in an Age of Globalisation, New York, Rowman and Littlefield, 2001.
  • FOUCAULT, Michel. Surveiller et punir : naissance de la prison, Gallimard, coll. “Bibliothèque des Histoires”, 2003.
  • JAURÉGUIBERRY, Francis. “Lieux publics, téléphone mobile et civilité”, in Réseaux : communication, technologie, société, 1998, 16 (90), pp. 71 – 84.
  • JOSEPH, Isaac.”Le passant considérable : essai sur la dispersion de l’espace public”, Sociologie des formes, Librairies des Méridiens, 1984.
  • LATOUR, Bruno. “From Realpolitik to Dingpolitil or How to Make Things Public”, in Bruno Latour, Peter Weibel (eds), Making things Public. Atmospheres of Democracy, Boston, MIT Press, 2005.
  • LEFEBVRE, Henri. “The Right to the City” [1968], in Writing on Cities, London, Blackwell, 1996.
  • MITSCHERLICH, Alexander. [1971] Die Unwirtlichkeit unserer Städte. Eine Anstiftung zum Unfrieden (The In-hospitality of Cities), Francfort, M., Suhrkamp, 1999.
  • RANCIÈRE, Jacques. Le partage du sensible : esthétique et politique, Paris, La fabrique éditions, 2000.
  • SENNETT, Richard. La conscience de l’œil. Urbanisme et société, Paris, Verdier, 2009.
  • SIMMEL, George [1933], “Les grandes villes et la vie de l’esprit”, in Philosophie de la modernité, Paris, Payot, 1989, p. 233 – 264.
  • SPAIN, Daphne. Constructive Feminism : Women’s Spaces and Women’s Rights in the American City, Ithaca, Cornell University Press, 2016.
  • WACKERMANN, Gabriel. Les frontières dans un monde en mouvement, Paris, Ellipses, coll.“Carrefours”, 2005.

IL Y A MATIÈRE / MATTER THAT MATTERS

Lundi 20 janvier 2025, Rennes.

Appel à communications

Cette journée d’étude sera l’occasion d’interroger les différentes façons dont la matière se manifeste : elle est douée d’agentivité, elle est constamment en mouvement (K. Barad) et elle produit des effets, autant sur nos pratiques créatives que sur la façon dont nous faisons l’expérience de l’espace public. 

L’héritage des dualismes cartésiens amène à penser la matérialité comme un concept isolé qui serait distinct d’autres « sphères », comme celle de l’esprit, ou encore celle de la forme. Cette distinction conceptuelle entre le matériel et l’immatériel conduit souvent à l’idée selon laquelle la matière serait une substance passive, plus ou moins digne d’intérêt, et soumise à notre volonté. Nous avons tendance à entretenir avec la matière un rapport d’exploitation et de domination (K. Soper). Depuis une vingtaine d’années, plusieurs mouvements de pensée sont venus souligner le fait que la matière n’est pas seulement passive, mais qu’elle produit des effets, lesquels sont parfois inattendus et difficiles à contrôler (D. Coole et S. Frost) : ainsi, les problèmes de gestion des déchets et les mécanismes biologiques, chimiques et géologiques résultant des émissions de gaz à effet de serre sont autant de façons dont la matière nous affecte collectivement.

Cette journée d’étude sera l’occasion d’interroger les différentes façons dont la matière se manifeste : elle est douée d’agentivité, elle est constamment en mouvement (K. Barad) et elle produit des effets, autant sur nos pratiques créatives que sur la façon dont nous faisons l’expérience de l’espace public. 

En art, les notions de transmission et de matérialité suscitent des questionnements particulièrement complexes à une époque marquée par l’omniprésence des supports numériques et le transfert de contenus artistiques traditionnels vers de nouveaux espaces plus immatériels (e-book, tablettes graphiques, streaming). Il apparaît alors urgent de ré-interroger, de toutes les manières possibles, nos conceptions classiques de la matérialité de l’art : redécouvrir des sensorialités souvent ignorées ou dénigrées (odeur et grain du papier, obscurité et aspect communautaire de la salle de cinéma) ; interroger la réalité ontologique des contenus purement informatiques (art par I.A., art produit et stocké sur tablette, etc.) ; faire jouer les interactions intermédiatiques (support hybride, franchise médiatique, univers étendus et produits dérivés)…

Depuis le XXème siècle, fragments, matières déchues et rebuts sont autant de matériaux dont les artistes « collecteurs » s’emparent pour nous parler du monde et de nos rapports à ce dernier. Issus de l’espace public ou domestique, ces matériaux réagencés par les artistes apparaissent tour à tour comme indice et témoin d’une situation présente, support mémoriel ou comme agent d’une poétique de l’ordinaire et du commun. De Kurt Schwitters à Gabriel Orozco, ces pratiques interrogent et transfigurent le statut même du rebut et des hiérarchies qui lui sont associées, dans une perspective à la fois herméneutique et critique. Dans une optique de sensibilisation écologique, c’est aussi par le biais du rebut et d’un processus de collecte et d’accumulation, que des artistes tels que Hans Haacke (Beach pollution) ou Tadashi Tonoshiki (Gathering Trash) mettent en exergue la circulation du déchet via les espaces maritimes. Loin de la conception de l’objet inerte, ces œuvres mettent en lumière l’extrême mobilité de ces objets délaissés et leurs interactions avec le milieu maritime. Au regard de ces éléments, nous pourrons nous demander si cet art « des petits riens » peut être un espace pour penser nos relations aux agents et acteurs qui modèlent nos mondes, inventer de nouvelles cohabitations ou encore imaginer d’autres rapports de production qui ne seraient pas dominés par l’idéologie du « tout jetable ».

La perception dichotomique qui sépare strictement les sphères matérielles et immatérielles vient aussi nourrir une hiérarchisation des formes artistiques. Une telle vision a parfois pu participer à la dévalorisation de médias considérés comme intrinsèquement plus ancrés dans la matérialité (comme le film) que d’autres supports artistiques plus évanescents et transsensuels tels que la littérature (R. Stam). Ce point de vue, cependant, semble aujourd’hui bien contestable ; par-delà le texte pur, l’œuvre littéraire, par exemple, s’inscrit dans un support bien matériel dont les spécificités tangibles influent sur la présentation typographique et la mise en page qui, en retour, modifie la perception de son contenu textuel (M. B. Sørensen). 

En ce qui concerne la critique littéraire, le tournant linguistique tel qu’il a été théorisé a révélé des interconnexions entre le constructionnisme social, la connaissance et le pouvoir. Certains courants du féminisme, de même que l’approche posthumaniste ou encore celle des nouveaux matérialistes ont en commun de chercher à redéfinir le corps, et soulignent qu’une telle redéfinition doit passer par une déconstruction du dualisme entre le discursif et le matériel. Tous ces champs de la réflexion théorique postulent qu’une pensée binaire ne permet pas de réunir matérialité et littérature. Aujourd’hui, les chercheurs abordent la littérature sous l’angle de la matérialité : typographie, méthodes d’impression et conception des livres. Par ailleurs, la matière en littérature met en jeu la question de la représentation : Thomas Bremer déclare qu’en littérature, il s’agit de représenter une matière “qui caractérise une personne, une situation, un environnement social.” (2020, 352)

La question de la matérialité concerne aussi tous les arts de la scène. Utiliser son corps pour danser ou chanter induit un autre rapport au matériel. Comment transmettre l’art de l’interprétation ? La danse et la musique se transmettent en interprétant ou improvisant une suite de mouvements ou de notes qui se passent parfois de notation matérielle. L’ethnomusicologie fait la preuve depuis longtemps que des formes musicales complexes sont interprétées et transmises sans passer par l’écriture. En revanche, l’instrument, les instruments (cordes, bois, cuivres, percussions,…) sont autant de moyens, parfois de dispositifs, conçus matériellement pour interpréter ces musiques. La danse est également un art qui s’écrit ou s’improvise. Sans matériel, la danse et la musique existent grâce au seul corps humain. La voix en particulier est le premier instrument capable de transmettre des sons organisés selon des rythmes et des hauteurs définis.

Plusieurs disciplines peuvent ainsi s’emparer de la question de la matérialité afin de mieux l’interroger. Pour Antoine Picon, la matérialité concerne les relations qu’entretiennent les êtres humains avec la matière, elle apparaît « comme un régime d’être au monde qui gouverne les rapports entre l’homme et l’ensemble des choses et des phénomènes considérés comme matériels » (2018, 68). Cela se joue notamment dans notre façon d’appréhender l’espace public, dont les conditions matérielles nous affectent au quotidien. Qu’il s’agisse d’urbanisme, de mobilier urbain, d’architecture ou d’agencement, notre rapport à l’espace public est soumis à de nombreuses influences, nous incitant à l’utiliser, à nous en détourner (environnement provoquant un sentiment de danger, stratégies d’évitement), voire à l’interdire (architecture hostile par exemple). Quelle place la matérialité peut-elle prendre dans ces espaces et comment modifie-t-elle nos usages de ces derniers ? 

Cette journée d’étude vise à interroger les termes et les concepts de matérialité, de matière et de matériel sous toutes leurs formes et dans une perspective résolument transdisciplinaire. Des propositions de communication dans une pluralité de domaines de spécialité et d’approches critiques seront donc les bienvenues. 

Modalités pratiques : 
Nous vous invitons à envoyer vos propositions de communication par mail à l’adresse suivante : camille[point]pinettes[arobase]univ-rennes2.fr, avant le 15 septembre 2024, au format suivant : proposition de 300 mots environ + note biographique de 100 mots environ.

Chaque communication durera 20 minutes.

La journée d’étude se déroulera à Rennes le lundi 20 janvier 2025.

Comité scientifique : 
Priscilla Bittencourt Biassi, doctorante en Architecture, GRIEF, Ecole Nationale Supérieure d’architecture de Bretagne – ENSAB
Estelle Boucheron, doctorante en Arts Plastiques, PTAC, Rennes 2
Mona Dahdouh Recordier, doctorante en Arts du spectacle, APP, Rennes 2
Anne Goarzin, PR littérature et culture irlandaises, ACE, Rennes 2
Emeline Jaret, MCF histoire de l’art contemporain, PTAC, Rennes 2
Tristan Le Foll, doctorant en littérature américaine, ACE, Rennes 2
Rebecca Lesgoirres, doctorante en musicologie, APP, Rennes 2

Comité d’organisation : 
Gül Eroglu, doctorante en littérature américaine, ACE, Rennes 2 
Camille Pinettes, doctorante en études irlandaises, ACE, Rennes 2
Mathilde Vaillant, doctorante en Arts Plastiques, PTAC, Rennes 2
Gaëlle Yacoubi, doctorante en Arts Plastiques, PTAC, Rennes 2

Bibliographie sélective :

BARAD, Karen. “Posthumanist Performativity: Toward an Understanding of How Matter Comes to Matter”. Signs: Journal of Women in Culture and Society. 2003, vol. 28, n° 3, p. 801–31.

BENNETT, Jane. Vibrant Matter: A Political Ecology of Things. Durham : Duke University Press, 2010.

BERTOLINI, Gérard. Art et déchet : Le Déchet, matière d’artistes. Lentilly : Aprede, Angers : Le Polygraphe, 2002.

BREMER, Thomas. “Materiality and Literature: An Introduction”. Neohelicon. Décembre 2020, 47, n° 2. p. 349–356.

COOLE, Diana, FROST Samantha. Introducing the New Materialisms. New Materialisms: Ontology, Agency, and Politics. Durham : Duke University Press, 2010.

DAGOGNET, François. Des Détritus, des déchets, de l’abject : Une Philosophie écologique. Le Plessis-Robinson : Institut Synthélabo, « Les Empêcheurs de penser en rond », 1997.

DAVILA, Thierry. Marcher, Créer. Déplacements, flâneries, dérives dans l’art de la fin du XXe siècle. Paris : Editions du Regard, 2002.

GAMBLE, Christopher N., HANAN, Joshua S., NAIL Thomas. “What Is New Materialism?” Angelaki Journal of Theoretical Humanities. Novembre 2019, 24(6), p. 111-134.

PICON, Antoine. La matérialité de l’architecture. Marseille : Editions Parenthèses, 2018.

RAMADE, Bénédicte. Médiation artistique du déchet à travers les œuvres de Mierle Laderman Ukeles. In HAMEZ, Grégory, TABEAUD, Martine. Les métamorphoses du déchet. Paris : Éditions de la Sorbonne, « Géographie », 2000, p. 75-88.

SOPER, Kate. Naturalized Woman and Feminized Nature. In COUPE, Laurence. The Green Studies Reader: From Romanticism to Ecocriticism. New York : Routledge, 2000.

SØRENSEN, Mette Bill. “Material translation: How do variations in form and materiality influence the ways we read translated editions of a book?”. Orbis Litterarum. 15 Avril 2022, vol. 77, n° 4, p. 252-267.

STAM, Robert. Introduction: The Theory and Practice of Adaptation. In RAENGO, Alessandra, STAM, Robert. Literature and Film : A Guide to the Theory and Practice of Film Adaptation. Oxford : Blackwell Publishing, 2005, p. 1-53.

TAÏEB, Lucie. « Un récit sans morale : de certaines vertus de la littérature face à la question environnementale des déchets ». Revue de littérature comparée. 2023, vol. 386, n° 2, p. 146-155.

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