Mais qu’est-ce qui nous lie donc, au final ? Cette question qui aura tissée, en filigrane, la toile de fond de nos échanges continue encore de résonner comme une suite d’échos dans les couloirs pavés de la Roche du Theil. Un gobelet de café, une pelote de laine, un tasseau de bois, une ficelle sur une carte, une fleur glanée dans le parc… Ces liens multiformes, visibles ou non, les traces qu’on laisse, les connexions qui restent sont à nouveau au cœur de cette ultime journée de Doctoriales.
L’atelier « Kyrielle: enquête sur les causes et leurs effets » de Manon Quemener
Que j’aurais aimé pouvoir vous décrire plus en détails l’atelier de Manon Quemener (PTAC) mais ma mémoire s’est laissée emporter par la kyrielle, ce joli mot à l’étrange « k » suivi d’un « y » d’autant plus incongru et amenant avec lui son flot si ininterrompu que j’en ai perdu le fil…
Une grande feuille de papier se tient devant nous, j’entends au loin le bruit des marqueurs qui se laissent aller à une série d’idées, presque automatiques, qui s’entrechoquent dans une écoute volontairement distraite, consigne que j’ai visiblement prise au pied de la lettre. Le temps, lui aussi, file à toute allure et comme sorties d’une méditation se lèvent une à une les feuilles du groupe : des mots à l’envers, à l’endroit, en spirale, des images, des questions et des souvenirs : nos liens de toutes sortes réapparaissent sur le papier.
L’atelier « L’art pour et par la sociologie » de Guillaume Negri
Guillaume Negri (ARENES) nous propose ensuite d’une voix retentissante un exercice de décloisonnement par l’imagination et la mise en pratique, en groupes : partir d’un problème sociologique, l’interroger ensuite au moyen d’un dispositif d’enquête par la création artistique, dont les résultats seront enfin analysés par des outils sociologiques.
Nourris par l’interdisciplinarité et les multiples approches du groupe, les dispositifs mis en place nous ont amené à questionner les frontières, presque invisibles, entre recherche et création, entre les outils théoriques et les pratiques artistiques, la littérature et l’expérience de la réalité. Passant tour à tour de la posture d’enquêteur•ice•s à enquêté•e•s dans les différentes expériences de groupes, ces enquêtes créatives ont fait remonter des bouillonnements parfois intimes et ont permis d’ouvrir en grand les espaces de paroles et de réflexion.
La conférence interactive « cultures proches : poésie de terrain » de Marion Renauld
L’artiste-auteure et docteure en philosophie Marion Renauld nous a enfin plongé.es dans l’immensité textuelle de son œuvre, toujours en mouvement, mais traversée par les fils rouges de la spontanéité, de l’éphémère, de la matérialité et du rapport à l’espace public. Peu importe le format, le support ou le terrain que l’artiste choisit pour poser sa machine à écrire : Marion Renauld met la poésie en mouvement et travaille « avec, pour et par les rencontres ».
Que ce soit à travers les actions collectives menées avec les habitant•e•s de Chamiers dans le cadre de la résidence « Cultures Proches » de la Compagnie Ouïe Dire, ou le placard et les murs de notre salle de conférence à la Roche du Theil, Marion Renauld créé sur place une multitude d’objets uniques qui incarnent, ne serait-ce qu’un temps, les empreintes poétiques que le « nous » laisse au sein d’espaces habités par les rencontres. Un échange fascinant d’une pratique artistique de terrain, hors des conventions, publique, instantanée et réellement inspirante.
Qu’est-ce qui nous lie donc, au final ? Peut-être qu’on aura rapporté plus de questions que de réponses dans nos bagages, peut-être des révélations viendront-elles à notre retour, ou peut-être encore un peu plus tard. Peut-être sommes-nous toustes relié•e•s lorsqu’on continue de se poser ensemble la question ?




